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2026 Un État palestinien, Kirk, Reichstag, penser après Gaza ...

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Il ne s’agit pas de penser des choses différentes, mais de réunir des processus semblables et complémentaires. Faire la liste des points chauds sur notre globe est tout aussi essentiel qu’inutile. Essentielle, car elle permet de prendre conscience de la multiplicité de ces points chauds, conflits larvés ou ouverts, la tension à la frontière indochinoise pour les premiers, par exemple, à la frontière ukraino-russe pour les seconds. Mais que dire de l’Indonésie, du Népal, du Soudan et de l’est du Congo (ex-Zaïre) ? On ne sait plus quoi dire. Il suffirait de gratter un peu pour voir que beaucoup ont intérêt à ce que ce genre de lieux se multiplie. Mais ce qui nous intéresse ici sont les liens entre Gaza et Charlie Kirk. Ils sont nombreux. Ils présagent bien plus qu’une Riviera palestinienne. Des efforts sont faits pour empêcher que cela se passe. Croire qu’il suffit d’un nouvel État pour que cela soit, qu’il suffit que de nouvelles reconnaissances d’un État palestinien aient lieu est une illusion.

La reconnaissance comme un acte de faiblesse

Devant ce qui se passe dans ce Moyen-Orient, les puissances occidentales, les mêmes qui ont rendu possible la création d’Israël, comme sa préservation au cours de ce demi-siècle, ont les mains liées. Toutes leurs interventions, feutrées, se sont heurtées au risque de se faire traiter d’antisémites. Devant l’inhumanité de la situation actuelle, elles n’ont trouvé qu’une seule échappatoire : reconnaître un nouvel État, la Palestine. Comment ? Par une déclaration lors d’une séance de l’Assemblée générale de l’ONU. Comme si ! Comme si après un nombre considérable de décisions, dont aucune n’a été exécutée, n’a été suivie d’effet, une de plus allait changer quoi que ce soit ! Cette reconnaissance générale d’un État palestinien sur un territoire occupé est certes symbolique, importante de ce point de vue, mais totalement inefficace. Ce territoire est occupé illégalement même du point de vue d’Israël. Dans un entretien publié par la revue en ligne Klarevue, Etienne Balibar rappelle cette situation insoluble « si les « démocraties » européennes passent de la remontrance à la sanction [...] J’observe également que des interventions militaires dissuasives contre l’armée israélienne sont exclues (ce qui n’était pas le cas pendant la Deuxième Guerre mondiale, ou en Bosnie, ou au Rwanda) : de qui viendraient-elles ? »

Car la situation générale est inextricable. Qu’on le veuille ou pas, aucun retour en arrière n’est possible. Sur le même territoire, hérité de l’occupation ottomane, deux peuples vivent côte à côte, ensemble ou en conflit, partageant de fait chaque mètre carré. Les partageant de manière inégale, antagoniste, dépendante.

Au début, à l’origine, quand les premiers kibboutz naquirent, le travail de la terre, pour ces nouveaux arrivants, intellectuels pour la plupart, était considéré comme rédempteur, rénovateur, faisant enfin sortir le juif de sa condition inférieure. Puis arrivèrent d’autres migrants, réfugiés, pour qui il n’était pas question de courber le dos sur une terre peu fertile. Mais il leur fallait être logés. Les maçons étaient arabes, comme tous ceux qui vendaient leur force de travail à ces nouveaux venus qui avaient un peu plus d’argent et qui se livraient à des activités qui leur étaient étrangères.
Cette situation a perduré jusqu’au 7 octobre. L’argent, donc l’emploi, existe du côté juif israélien. La main-d’œuvre se trouve chez les Palestiniens. Les colonies, tant honnies, furent construites par des maçons palestiniens pour les colons juifs qui avaient l’argent.

Ce sont deux mondes économiquement, technologiquement, socialement historiquement différents. Certains pourraient même parler de différence civilisationnelle. Avant le début de cette guerre, chaque jour, celles et ceux qui permettaient au système israélien de tourner franchissaient les frontières militaires. Les salaires israéliens étaient supérieurs à ceux accordés par les patrons palestiniens.

Dans cette situation le projet A Land for All [une terre pour tous] pensé par l’Israélien Meron Rapoport et le Palestinien Awni Al-Mashni n’a plus aucune chance de voir le jour. Cette initiative proposait une solution inédite au conflit israélo-palestinien : deux États pleinement souverains, mais liés par une confédération, Jérusalem pour capitale partagée, une frontière ouverte, et un droit au retour négocié des deux parts. (note klarevue https://k-larevue.com/land-for-all-2/) Tout cela appartient au passé, car la réalité gazaouie est devenue l’impensable. Le génocide.

Un génocide à la face du monde

Un crime en cours, un crime dont on connaît la date de début, mais comme tout génocide n’a pas , ne peut avoir de date de fin. Jour après jour le monde a été tenu au courant des tenants et aboutissants de ce qui se passe, de ce qui s’est passé, de ce qui se passera. Ceux qui le font ne se cachent pas, d’un côté comme de l’autre, ils ont documenté, documentent et documenteront l’horreur qui a commencé un 7 octobre à l’aube dans un désert et continue depuis, transformant un endroit habité en désert total. Dans le film israélien OUI de Lapid, l’ex-femme du personnage principal raconte, récite, pleure les quatre ou cinq heures du matin du 7 octobre. Si ce film s’arrêtait là, il pourrait être considéré comme étant en faveur du génocide à Gaza. L’horreur de ce qui se passe dans ces quelques kilomètres carrés risque de faire oublier de l‘horreur du 7 octobre.

La fin de la Shoah fut marquée par les efforts faits par les nazis pour cacher la monstruosité de leurs actes. À Gaza nul besoin de construire un système de liquidation. L’outil de destruction est préexistant. C’est le système militaire israélien. Il suffisait d’arrêter de le limiter. Le 7 octobre a été l’amorce qui a mis le feu aux poudres. Le Hamas n’est que l’autre côté de la médaille. Un militarisme répondait à l’autre. Un messianisme répondait à un autre. Il n’y avait plus de place pour la vie. La machine de mort avait le champ libre. Depuis, personne ne peut plus l’arrêter, sauf ceux qui la font fonctionner. La Riviera palestinienne n’est plus un rêve pour certains.

Les Lumières noires, la Riviera et Charlie Kirk

Il est clair aujourd’hui que ce qui se passe dans cette bande de terre ne pose aucun problème au gang trumpien de la Maison-Blanche. Au contraire cela les fait saliver. L’idée de la création et de la financiarisation d’une Riviera palestinienne titille leur imagination autant que leurs comptes en banque. Il suffit de chercher un peu pour découvrir où et chez qui une telle idée a pu germer.

Aux Etats-unis, dans le monde de la tech, une philosophie expliquant, justifiant, envisageant le futur s’est donné le nom de Lumières noires pour contrebalancer les Lumières « europeennes ». Pour résumer rapidement la position de ce courant, on peut dire, la liberté est opposée à la démocratie. Parmi ces théoriciens, il en est un, Curtis Yarvin qui écrivait sur Gaza dès novembre 2023, donc avant le retour de Trump, ceci :

« Vous voulez mettre une population en sécurité ? L’éloigner de la guerre. ! Maintenant, étendez cette préoccupation , mécaniquement, à tous les civils de Gaza. Puisque vous vous souciez de ces personnes, votre premier objectif est de les faire sortir de la zone de guerre. De les emmener dans un endroit où ils seront en sécurité, où ils auront de la nourriture et de l’eau. Mais que se passerait-il si les habitants de Gaza partaient, mais possédaient toujours la propriété ? Ou des actions dans une société, dirigée par des Arabes élégants diplômés du MIT, avec le droit de développer la bande de Gaza pour en faire une nouvelle ville israélienne ? »

Depuis, le projet de Riviera, va de pair avec le génocide. Les futurs investisseurs ne semblant pas réaliser que l’endroit en portera les stigmates. Qui voudrait avoir sa villa construite à Auschwitz-Birkenau ? Cet exemple montre bien à quel point cette supposée liberté absolue, limitée à la parole, ouvre la voie à la liberté d’exploiter.

Tout a déjà été dit à propos de celui qui se faisait fort de pousser la diarrhée verbale à son maximum. Les célébrations funéraires ont réussi à se faire rejoindre la Tech et la religion autour de Trump. Elon Musk d’un côté, Vance de l’autre. La vengeance prit le dessus à la volonté de pardon exprimé par la veuve de Kirk. Si le recul marqué par rapport au tenant d’un late show fait sensation aujourd’hui, la répression va continuer à s’abattre sur quiconque fera mine d’exprimer une opposition qui sera dénoncée comme anti-Kirk, comme d’autre en désaccord avec Nettanyaou deviennent des antisémites. Quelques jours après cette cérémonie, Trump, après avoir tonné contre le Paracétamol, prononce devant les Nations Unies un discours ouvrant la voie à une vision réactionnaire tant de la culture que de la science, réduisant la religion chrétienne à une interprétation littérale. Quant à la religion juive, elle est revenue au temps de Josué qui, dans le livre de l’Exode, prône la destruction de tous les idolâtres présents en Palestine. Qu’en reste-t-il ?

Penser après le génocide à Gaza

Il y a eu ces derniers temps une critique médiatique de la qualification de notre culture occidentale comme judéo-chrétienne. Ce qui, même si c’était une façon d’effacer les héritages grecs, latin et islamique, était une reconnaissance de la pensée juive qui accompagne la civilisation euro-occidentale depuis l’adoption du monothéisme.

La pensée juive, devenue partie prenante de la nôtre, s’est construite pendant l’Exil. C’est une pensée de l’exil. Le christianisme n’existe pas sans les juifs. Mais que Maimonide, médecin à Grenade, ait été important, même en dehors de la sphère religieuse, cela ne surprendra personne. Ni Spinoza, rejeté par les Juifs d’Amsterdam, ni Freud ne font exception. On peut également mentionner Marx, ainsi que les anarchistes juifs ou juifs anarchistes, comme Landauer et Voline, pour ne citer qu’eux. Cet acquis de connaissances est le fruit du labeur de personnes qui étaient à la fois sans attache et profondément enracinées dans leur terre. La pensée juive séculaire a été comme sauvegardée, protégée, par ce qui s’est passé dans les plaines d’Europe centrale. Ce qui s’y opposait, ceux qui s’y opposaient pouvaient craindre d’être taxés d‘antisémitisme.
Aujourd’hui, la voie est ouverte à ceux qui oseront critiquer cette pensée pour des raisons antisémites. Mais cela dépasse le monde juif qui ne fera pas l’économie d’une guerre civile, armée ou pas. Les mots d’Adorno déclarant qu’il ne pouvait y avoir de poésie après Auschwitz ne peuvent-ils être transposés après Gaza ? Ou bien y a-t-il différentes qualités de génocide ? Je n’ose même pas dire « quantité ».

Car qu’ont fait ceux qui se parent de la défense de « nos valeurs » écoutant, lisant tout ce qui se dit sur ce génocide ? Au mieux ils se sont exclamés avec horreur sans pour autant interrompre leurs activités habituelles. Mais qu’auraient-ils pu faire d’autre ?

En continuant ...

Il n’est pas possible de séparer ce qui se passe en Israël Palestine de ce qui se passe dans le reste du monde. Après avoir démontré que ce qui se passe à Gaza avait déjà été pensé aux USA, que les présupposés illustrés autour du sort de Charlie Kirk étaient partagés par bien du monde, il faut reconnaître que , ici, en France, nous rencontrons une situation similaire. La comédie de la taxe Zucman montre que les ultrariches ne se considèrent pas comme susceptibles d’être des imposables comme tout le monde. De même, ceux qui enfreignent les lois qu’ils ont eux-mêmes instituées n’acceptent pas que ces textes puissent leur être appliqués.

Ce n’est pas un simple génocide qui pourrait modifier leur comportement. Pourrait-il modifier le nôtre ? Rien n’est moins sûr.

Pierre Sommermeyer
Individuel