Introduction à "L’anarchisme dans l’histoire mais contre l’histoire"

jeudi 2 janvier 2014
par  ps
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Une étude sur l’historiographie de l’anarchisme comporte, en préliminaire, la définition de quelques problèmes de méthode. Tout d’abord celui résultant du rapport entre la recherche de l’objectivité historique d’une part, et l’inévitable orientation idéologique de toute analyse historiographique de l’autre ; ensuite, la question de la délimitation du thème, que ce soit dans l’espace ou dans le temps ; enfin, celui de la définition des motivations théoriques et idéologiques à la hase de la recherche elle-même.

Pour ce qui est du premier point, nous estimons que l’objectivité historique au sens absolu du terme n’existe pas. Chaque historien et chaque historiographie forge ses normes selon les critères scientifiques les plus divers et les plus disparates. En ce qui concerne notre orientation, nous n’indiquerons pour le moment que le thème général auquel nous nous attacherons, à savoir la confrontation continuelle entre le domaine propre à l’idéologie et celui des faits. Seule cette méthode nous dira dans quelle mesure la première s’est faite histoire dans les seconds.

A propos du second point, nous ne chercherons pas tant à délimiter à priori un espace thématique général qu’à choisir, cas par cas, des exemples qui renferment et expriment par leur nature exemplaire une expérience de caractère général.

Ensuite, le troisième point est dans un certain sens lié au premier dans la mesure où les impératifs de notre orientation idéologique et historiographique ne sont pas, évidemment, qu’une méthode et un critère de recherche, mais aussi l’exigence d’un lien entre l’expérience significative du passé et les problèmes actuels, de manière à ce que l’enseignement d’hier serve aux luttes de demain.

Si les trois points rapidement évoqués ci-dessus font référence aux conditions préliminaires à une introduction à l’historiographie de l’anarchisme, ils indiquent également les limites irréductibles de cette recherche qui finit avec le passage du domaine de l’histoire à celui de l’idéologie. A notre avis, on ne peut séparer une appréciation d’ordre historiographique d’une appréciation idéologique, non seulement pour les raisons évoquées plus haut mais aussi parce que le domaine de l’une empiète automatiquement sur celui de l’autre. Aborder l’anarchisme d’un point de vue historiographique c’est, en dernière analyse, discuter de son idéologie. Il ne faudra donc pas s’étonner Si, au cours de l’analyse, nous prenons en considération quelques arguments qui ressortissent en réalité au domaine idéologique.

Deux mots maintenant pour ce qui concerne la disposition du présent travail. Celui-ci se divise grosso modo en deux parties. Dans la première, nous analyserons et discuterons quelques jugements d’interprétation sur l’histoire de l’anarchisme qui sont communs à diverses écoles. Ces jugements sont regroupés ici selon un critère d’homogénéité spécifique, c’est-à-dire faisant abstraction des diverses orientations idéologiques qui les sous-tendent. Dans la seconde partie, au contraire, nous essaierons de formuler et de suggérer les hypothèses interprétatives que nous estimons correctes et conformes au présent sujet.


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