Après Rochdale : la coopération séparée d’un plan de réorganisation générale de la société

jeudi 16 août 2012
par  ps
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Schulze-Delitzsh (1808-1883)

a créé en Allemagne à partir de 1849 une série d’associations de petits commerçants, de petits industriels et surtout d’artisans, soit pour l’approvisionnement ou la vente en commun, soit parfois pour la consommation, soit pour le crédit mutuel. Dix ans plus tard ne subsistaient que les associations de crédit. Les associations de Scliulze sont des coopératives incomplètes, les réserves très importantes (dans leur cas) retournent aux membres en cas de dissolution. Schulze est un libéral qui croit à la pérennité du capitalisme. Pour lui, la coopération ne joue qu’un rôle supplétif dans l’économie. C’est l’économie du pauvre, car si un individu est assez fort pour gérer une société capitaliste il n’a que faire de la coopération. Schulze en libéral convaincu, prône le selfhelp et dénigre tout droit à l’Etat,

Raiffeisen (1818-1888)

, de famille pastorale, luthérien, il resta très imprégné d’esprit religieux. Devenu bourgmestre, il développe les oeuvres charitables qui achètent de 1a farine pour faire baisser le prix du pain. Déplacé dans une commune voisine en 1849, il y créa une nouvelle oeuvre de bienfaisance qui réunit soixante habitants parmi les mieux lotis ; cette oeuvre achetait du bétail et le revendait aux paysans, en consentant un crédit de 5 ans ; par la suite, elle élargit ses prêts pour répondre aux besoins des agriculteurs pauvres. Devenu en 1852 bourgmestre de Heddesdorf, près de Neuwird, il y fonda, en 1854, une troisième société de bienfaisance, qui dix ans plus tard, par l’affiliation des emprunteurs eux-mémes, devait devenir une véritable entreprise sous forme d’une caisse commune de prêts. Raiffeisen étendit ses activités sur toute l’Allemagne.

Le désir de Raiffeisen était de constituer des associations sans aucun capital ; certains membres apportaient des épargnes liquides pour lesquelles ils percevaient l’intérêt courant ; d’autres membres venaient emprunter ces-épargnes et payaient un intérêt à peine supérieur. C’est 1e mutualisme absolu. La réussite vient du fait que Raiffeisen faisait appel à un certain nombre de riches qui devenaient membres par devoir de charité, ils s’engageaient, comme tous les membres, solidairement et sans limites, c’est-à-dire sur toute leur fortune. Le bénéfice était entièrement versé à des oeuvres sociales et était appliqué le principe de Buchez de la dévolution désintéressée.

Raiffeisen était un conservateur paternaliste. Chez lui, la coopération est conçue comme un moyen de défense des agriculteurs contre l’usurier et le marchand et non comme une organisation destinée à remplacer l’ordre capitaliste.

Huber (1800-1869)

Allemand et professeur à l’université de Rostock. C’est un théoricien très réaliste pour autant. I1 se présente comme le défenseur de l’extension de la coopération
dans les classes ouvrières, car d’après lui, la coopération ne menace pas 1’ordre existant, elle le maintient au contraire, en élevant le niveau de vie des travailleurs, dont l’extrême misère ne peut constituer qu’une force explosive. Il conseille aux conservateurs de promouvoir la coopération afin de ne pas .laisser celle-ci tomber aux mains des révolutionnaires.

Léon Walras (1834-1910)

célèbre économiste, fondateur de l’école de l’équilibre ou école de Lausanne, s’est passionné pour 1a coopération, Walras se rattache à l’école socialiste en ce qu’il préconise la nationalisation du sol ; non qu’il propose une exploitation étatique de la terre, mais l’Etat affermerait à le précurseur du néo-libéralisme contemporain, parce que pour lui, les "services et produits d’intérêts privés.,, ceux qui intéressent les hommes en tant qu’individus" sont beaucoup plus nombreux que ceux qui concernent les hommes en tant que membres de la communauté", et doivent donc être produits par les individus dans un cadre de concurrence.

Walras

fait une synthèse particulière entre le libéralisme et l’étatisme, "Laisser faire ne doit pas signifier ne rien faire, mais laisser agir la libre concurrence ; là donc où la concurrence ne peut agir, il y a lieu pour l’Etat, à intervenir afin de suppléer ; et là où la concurrence peut agir, il y a lieu pour l’Etat à intervenir afin de l’organiser, d’assurer les conditions et le milieu de son fonctionnement". Sa doctrine porte le nom de "socialisme libéral’".

Pour lui, la coopération a un double rôle : celui de permettre l’avènement d’un nombre croissant de travailleurs à la propriété du capital et de les exercer à la gestion d’entreprises. Ce qui explique en ces termes : "C’est ainsi que les sociétés coopératives remplissent leur grand rôle économique qui est, non de supprimer le capital, mais de rendre tout le monde capitaliste, et aussi leur rôle moral, non moins considérable, qui est d’initier la démocratie au mécanisme de la production et de lui ouvrir l’accés des affaires, véritable école de politique active",

Fauquet (1873-1953) ;

il fut chef du département de la coopération du B.I.T. A noter qu’à 1"armistice de 1918, il fut nommé sous-directeur du Travail et des Assurances sociales au Commissariat de la République à Strasbourg.

Il occupe une place charnière dans l’histoire de la théorie Il est frappé par la nature composite, pluraliste, complexe de tout régime économique à travers l’histoire.Il distingue quatre secteurs, le secteur public,, le secteur capitaliste le secteur privé et enfin le secteur coopératif.

I1 met en relation le secteur coopératif et le secteur proprement privé : "la coopération est essentiellement, dans toutes, ses formes, une construction à partir de petites unités de l’économie ménagère et de l’économie paysanne et artisane". Il s’oppose aux régies coopératives de Lavergne. Et comme Walras, il conçoit 1a coopération comme une affaire privée. Les coopératives se situent pour lui, principalement "aux extrémités initiales et finales du processus économique" (agriculture et consommation) tandis que la zone centrale de l’industrie est capitaliste ou publique.

Le Dr Fauquet insiste surtout sur la valeur morale de la coopération. Il démontre que la coopération est inséparable des vertus qui remontent à ses plus anciennes origines et qui justifient son expansion : "Parce qu’il est un mouvement, non de quantité, mais de qualité, notre mouvement peut rayonner, audelà de ses frontières matérielles et de ses dimensions économiques. I1 peut aussi donner parmi nous, et aussi en dehors de nous, une force renouvelée aux vieilles valeurs de civilisation, aux valeurs morales que l’économie capitaliste a méprisées et flétries et que des volontés diaboliques de domination menacent de détruire".


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