1867

samedi 21 avril 2012
par  ps
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Janvier

Au meeting commémoratif organisé par l’A.I.T. et l’émigration polonaise, M, prononce un discours violent contre la Russie tsariste, bastion de la réaction européenne. Dans sa péroraison, M. déclare : « Il n’y a pour l’Europe qu’une alternative : Ou bien les barbares, sous la direction moscovite, déferleront sur elle telle une avalanche, ou elle se fera un devoir de restaurer la Pologne. Ce faisant, elle placera entre ellemême et l’Asie vingt millions de héros et elle gagnera le répit nécessaire pour accomplir la régénération sociale. » (22 janv.)

Février

M. annonce à Kugelmann l’envoi prochain du rapport officiel sur le Congrès de Genève. « Le Commonwealth est entièrement engagé dans le mouvement pour la réforme. Sa rédaction est dans de très mauvaises mains. Pour l’instant, nous avons des raisons pour le laisser faire, bien que nous puissions intervenir, étant actionnaires. o (18 févr.)

M, participe à un meeting organisé par le club des ouvriers allemands de Londres pour célébrer le 27e anniversaire de sa fondation. En présence de plusieurs membres du C.G. et de membres français de l’A.I.T., M. fait un exposé sur l’esclavage du travail salarié, enchaîné au capital. Il termine en parlant de la vocation radicale du prolétariat allemand, qui n’aura pas besoin de passer par l’étape du mouvement bourgeois : « Il sera forcé par sa situation géographique de déclarer la guerre à la barbarie orientale, car c’est de là, de l’Asie, qu’est partie toute réaction contre l’Occident. C’est ainsi que le parti ouvrier sera entraîné sur le terrain révolutionnaire où il agira pour se libérer complètement. o (Vorbote, 3 mars.)

Mars

Le C.G. décide d’une action pour soutenir la grève des ouvriers du bronze de Paris. (5 mars.)

M. à E. : « Notre Internationale a remporté une grande victoire. Nous avons procuré aux ouvriers du bronze qui font la grève à Paris des fonds fournis par les trade-unions de Londres. Là-dessus, les patrons ont dû céder. L’affaire a fait beaucoup de bruit dans la presse française et notre puissance est maintenant bien établie en France. » (27 mars.)

Avril - Juin

M. se rend en Allemagne pour remettre le manuscrit du Capital à son éditeur. Séjour à Hambourg et à Hanovre chez Kugelmann (12 avr. au 19 mai). De Hanovre, il écrit à S. Meyer : « Quant à l’A.I.T., elle est devenue une puissance en Angleterre, en France, en Suisse, en Belgique. Constituez en Amérique, le plus grand nombre possible de branches. Cotisation par membre : un penny par an. Mais chaque section donne ce qu’elle peut. Cette année, le Congrès se tiendra à Lausanne, le 3 septembre. Chaque section peut envoyer un représentant. Ecrivez-moi à ce sujet, sur votre propre situation et sur la situation générale. » (30 avril). Revenu à Londres, il en repart presque aussitôt pour Manchester où il restera une dizaine de jours. Pendant son absence, le C.G. charge une commission de rédiger un appel destiné aux sections de l’A.LT., en vue de la préparation du prochain Congrès. (4 juin.)

Sur la proposition de Fox, une résolution est votée pour féliciter les ouvriers et les étudiants parisiens ayant participé à une manifestation en faveur de la Pologne « soumise à la domination d’un pouvoir asiatique et barbare o. (18 juin.)

Juillet

M. réapparaît au C.G., après plusieurs mois d’absence. Il propose, appuyé par Lafargue, une résolution à inscrire au programme du prochain Congrès sur les moyens pratiques qui permettront à l’A.I.T. de remplir son rôle de centre d’action commun de la classe ouvrière (hommes et femmes) dans sa lutte pour son émancipation complète du joug du capital. Le C.G. adopte l’appel proposé par la commission spéciale nommée le 4 juin et charge Lafargue de le traduire en français. M. s’associe à Lafargue pour la rédaction de ce texte qui sera imprimé comme tract : « Adresse du C.G. de l’Association internationale. Aux membres et sociétés affiliées et à tous les travailleurs ? » (9 juil.)

F.A. Sorge, socialiste allemand émigré aux Etats-Unis en 1$52, désireux de faire campagne pour demande à M., au nom du Club des Communistes de New York, de lui communiquer les statuts et règlements de l’Internationale (S. à M., 10 juil.). M. rapporte cette nouvelle au C.G. Il signale la publication d’un livre bleu sur les exportations commerciales de l’Angleterre, et le silence de la presse bourgeoise sur ce document qui dément les allégations sur l’activité nocive des trade-unions. Sur sa proposition, 1e C.G. se déclare seul habilité à élaborer l’ordre du jour des Congrès. (23 juil.)

Août

M. décline la proposition du C.G. d’être son délégué au Congrès de Lausanne (6 août, CHR., p. 259).

M. intervient longuement dans la discussion du C.G. sur la participation au futur Congrès organisé à Genève par la Ligue de la Paix et de la Liberté. Il est favorable à une participation massive des délégués à titre individuel, mais non comme délégués officiels de l’A.LT. : « Le Congrès de l’Internationale ouvrière est comme tel un congrès de la paix, puisque l’union des classes ouvrières rendra un jour impossibles les guerres entre nations... Les partisans de la paix à tout prix voudraient laisser à la seule Russie la possession des moyens pour mener une guerre contre l’Europe. Mais la seule existence d’une puissance comme la Russie serait une raison suffisante pour que les autres pays maintiennent leurs armées. Il est plus que probable que certains radicaux français profiteront de l’occasion pour faire des discours déclamatoires contre leur gouvernement, mais ces discours auraient bien plus d’effet s’ils étaient tenus à Paris. Celui qui refuse de coopérer à la transformation des rapports entre le travail et le capital, ignore les conditions réelles d’une paix universelle. » (C.G., 13 août.) Le C.G. adopte une résolution proposée par M., enjoignant aux délégués du C.G. de s’opposer à toute proposition qui serait faite au Congrès en faveur d’une participation officielle au Congrès de la paix.

Le C.G. adopte le rapport destiné à être présenté au Congrès de Lausanne. Nouvelle intervention de M. sur le Congrès de la Paix. (20 août.)
Répondant à Odger, qui exhorte le C.G. à donner plus d’éclat à ses réunions afin d’augmenter ses moyens financiers, M. déclare qu’il ne faudrait pas transformer l’Internationale en un « club de discussions n. D’importants progrès ont été faits sur le continent et l’influence (le l’A.I.T. en France est solide, (27 août.)

Septembre

M. à E. : « Tu sais qu’au C.G., j’ai parlé contre les charlatans de la paix. Mon discours a duré près de deux heures. Eccarius, chargé du procès-verbal en a donné un compte rendu au Beehitie on on n’en trouvera que quelques phrases. Le Courrier l’a réimprimé, mais eu omettant les passages sur la nécessité des armées vis-à-vis de la Russie et sur la lâcheté de ces gens. Néanmoins, cette histoire a fait beaucoup de bruit [...]. Les ânes du Congrès de la paix [...] m’ont bombardé de missives [...] Ils ont eu l’audace de me nommer, dans leur adresse, cc membre du Congrès de Genève » etc. [...] L’essentiel est que ces grands Messieurs du Congrès de la paix, Victor Hugo, Garibaldi, L. Blanc, etc., avaient voulu ignorer orgueilleusement notre Association Internationale. Je les ai maintenant obligés de nous reconnaître comme une puissance. J’ai reçu de Naples les deux premiers numéros d’une feuille, Libertà e Giustizia. Dans le n° l, ils la déclarent comme notre organe [...] Le n° 2 contient une attaque magistrale contre Mazzini. Je suppose que Bakounine v est pour quelque chose. » (4 sept.)

Lessner et Eccarius informent M. du déroulement des Congrès de Lausanne et de Genève (5-9 sept.). M. à E. : « Au prochain Congrès de Bruxelles, j’irai personnellement abattre ces ânes de proudhoniens. J’ai procédé diplomatiquement, car je ne voulais pas me montrer en public avant que mon livre soit sorti et que notre Association ait pris racine ; dans le rapport officiel du C.G. (les bavards de Paris n’ont pas réussi à empêcher notre réélection), je leur infligerai une correction. Entre temps, notre société a fait de grands progrès [...] Ces cachons dans les trade-unions, pour qui nous allions trop « loin » accourent chez nous. [...] Les choses marchent [en fr.]. Et à la prochaine révolution, qui est peut-être plus proche qu’on ne le pense, c’est nous (toi et moi) qui auront dans nos mains ce puissant instrument. Compare les résultats avec les opérations de Mazzini depuis trente ans ! Et tout cela sans moyens financiers ! Et malgré les intrigues des proudhoniens à Paris, de Mazzini en Italie et de ces jaloux d’Odger, Cremer, Potter à Londres, malgré les 5chulze-Delitzsch et les lassalliens en Allemagne ! Nous pouvons être très satisfaits ! » (11 sept.)

Mécontent de l’attitude des Suisses romands et de J. Ph. Becker - qui avaient cédé trop de terrain aux Parisiens -, M. écrit à E. : « Cela ne fait pourtant rien. L’essentiel est que le Congrès ait eu lieu, et non ce qui s’y est fait [...] Au grand chagrin des Parisiens, on a passé la décision que ceux qui ne paient pas (et les Parisiens n’ont pas versé un liard) ne pourraient envoyer de délégués. Il importe d’amener la prochaine fois vingt Anglais et trente Allemands à Bruxelles. Quant aux Belges eux-mêmes, ils ne pourront avoir qu’un délégué pour 500 [membres], et ils ne seront donc pas nombreux. De plus, ils sont plutôt opposés aux Parisiens. [...] Le pire, c’est que nous n’avons pas un seul homme à Paris pour prendre contact avec les sections ouvrières hostiles aux proudhoniens (et elles forment la majorité !). Si Dupont pouvait demeurer à Paris quelques semaines, tout pourrait se régler, mais la police l’a à l’œil. » (12 sep.)

Octobre

M. à E. : cc Fox qui exhale à toute occasion sa haine envers Eccarius depuis le retour de celui-ci a annoncé qu’à la prochaine séance il parlera des articles d’Eccarius dans le Times, pour les faire censurer par le C.G. [...] J’ai alors annoncé que j’interpellerai Fox au sujet d’une « lettre confidentielle » qu’il a envoyée à Becker, le sommant de « faire tout ce qui est en son pouvoir pour transférer le siège du C.G. [...] Ce Fox [...] s’imagine qu’il doit fonder au sein du Conseil un « parti d’opposition » contre ce qu’il appelle la « dictature allemande ». » (4 oct.)

M, prend la défense d’Eccarius contre les attaques de Fox qui lui reproche ses articles sur le Congrès publiés dans le Times. Il donne des informations au C.G. sur la première intervention de Liebknecht au Reichstag de l’Allemagne du Nord, « le seul député qui ait osé s’attaquer à la politique de guerre de Bismarck ». (8 oct.)

M, à E. à propos de la polémique de Fox contre Eccarius « Tous ont participé à la discussion. Résultat : ma proposition (ou plutôt mon amendement) de « passer à l’ordre du jour » a été adoptée à une grande majorité. » (9 oct.)
Le Vorbote publie une lettre (non signée) de Jenny Marx sur le succès du Congrès de Lausanne ; l’auteur y parle également du Capital de M. : « Naturellement, M. ne possède pas de panacée - que le monde bourgeois, qui se dit maintenant lui aussi socialiste, réclame à cor et à cri -, pas de pillules, pas d’onguent, pas de charpie pour guérir les plaies béantes de notre société ; mais il me semble qu’après avoir analysé le processus historique de la genèse de la société moderne, il a poussé les résultats et les leçons pratiques jusqu’à ses conséquences les plus audacieuses. » (oct.)

Au C.G., M, donne lecture du premier discours fait par Liebkuecht au Reichstag de l’Allemagne du Nord. L. y demande la suppression des armées permanentes et la création de milices populaires, (22 oct.)

Novembre

NI, à E. : « Le procès des Fenians à Manchester est tel qu’on devait s’y attendre. Tu auras remarqué le scandale que « nos gens » ont fait dans la Reforrn League. Cette démonstration des ouvriers en faveur du fenianisme, j’ai cherché à la provoquer de toutes les manières [...] Autrefois, j’ai cru que la séparation de l’Irlande et de l’Angleterre était impossible. Je la tiens maintenant pour inévitable, bien que la séparation puisse être suivie d’une fédération. » (2 nov.). « Au meeting présidé par le colonel Dickson et où Bradleagh a fait une causerie sur l’Irlande, notre vieux Weston, appuyé par Fox et Cremer, a proposé une résolution en faveur des Fenians qui a été adoptée à l’unanimité. Même chose mardi dernier [...], démonstrations tumulteuses pour les Fenians. L’affaire fermente ici dans la partie intelligente de la classe ouvrière. » (7 nov.)

Le C.G. ouvre un débat sur la question de l’Irlande, particulièrement sur le sort des Fenians incarcérés à Manchester et condamnés à mort. Dans une séance extraordinaire, il adopte un mémoire rédigé par M. et adressé au gouvernement pour demander un « adoucissement du jugement » ce qui serait « non seulement un acte de justice, mais aussi un acte de sagesse politique ». (19 et 20 nov.)

M. se prépare à intervenir (le 26 nov.) au C.G. sur la question irlandaise, mais à cause de l’exécution de trois Fenians, il cède la parole à Fax. Dans ses notes préparatoires, il affirme que cc les exécutions politiques à Manchester [...] ouvrent une nouvelle période dans la lutte entre l’Irlande et l’Angleterre » et que « le Parlement est, dans son ensemble, responsable, de même que la presse libérale. o (Werke, vol. 16, p. 439).

M, informe E. de l’intervention de Fox au C.G. et lui expose son point de vue sur la question d’Irlande : « La résolution qu’il a proposée était insipide et creuse. Je m’y suis opposé et je l’ai fait renvoyer au comité permanent. Ce que les Anglais ignorent, c’est que, depuis 1845, le contenu économique et donc le but politique de la domination anglaise en Irlande sont entrés dans une phase nouvelle ; et que par conséquent le fenianisme se caractérise par sa tendance socialiste (négativement, étant dirigé contre l’appropriation du sol) et comme mouvement des couches inférieures. Il n’y a rien de plus ridicule que de confondre les actes barbares d’Elisabeth ou de Cromwell, qui voulaient remplacer les Irlandais par des colons anglais (au sens romain), avec le système actuel, qui tend à remplacer les Irlandais par des moutons, des pores et des boeufs ! ! [...] Clearing of the Estate o f Ireland ! voilà la seule signification de la domination anglaise en Irlande [...]. Les travailleurs anglais devraient exiger l’abolition de l’Union. Quant aux Irlandais, leurs objectifs devraient être : l’autonomie politique, la révolution agraire et des tarifs protectionnistes contre l’Angleterre. n (30 nov.)

Décembre

M, informe le C.G. de la parution prochaine du Demokratisches Wochenblatt, fondé à Leipzig par W. Liebknecht. (3 déc.)
Au C.G., M. s’engage à procurer, si besoin est, l’argent nécessaire pour l’impression des Statuts de l’A.I.T. (17 déc.)