Dix thèses sur le marxisme 1950

Korsch Karl
vendredi 25 décembre 2009
par  ps
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1.
Il est insensé de se demander dans quelle mesure l’enseignement de Marx et d’Engels est, aujourd’hui, théoriquement acceptable et pratiquement applicable.

2. Toutes les tentatives de rétablir l’enseignement marxiste comme un tout et dans sa fonction primaire de théorie de la révolution sociale de la classe ouvrière sont aujourd’hui des utopies réactionnaires.

3. Bien que fondamentalement ambigus, il y a, néanmoins, des aspects importants de l’enseignement marxien qui dans leur fonction transformatrice et leur application dans différentes situations ont conservé jusqu’à maintenant leur efficacité. Les impulsions générées par la praxis du vieux mouvement syndical marxiste ont été également incorporées dans les luttes pratiques des peuples et des classes.

4. La première étape du rétablissement d’une théorie et d’une pratique révolutionnaires consiste à rompre avec ce marxisme qui prétend monopoliser l’initiative révolutionnaire et la direction théorique et pratique.

5. Marx n’est aujourd’hui qu’un des nombreux précurseurs, fondateurs et concepteurs du mouvement socialiste de la classe ouvrière. Les prétendus socialistes utopiques, de Thomas More à maintenant, n’ont pas moins d’importance. Les grands rivaux de Marx, comme Blanqui, et ses ennemis jurés, tels que Proudhon et Bakounine n’ont pas moins d’importance. Pour le résultat final, les développements récents du révisionnisme allemand, du syndicalisme français et du bolchevisme russe n’ont pas moins d’importance.

6. Les points suivants sont particulièrement critiques pour le marxisme : a) sa dépendance vis-à-vis des conditions économiques et politiques sous développées de l’Allemagne et des autres pays de l’Europe centrale et orientale où il acquit une importance politique ; b) son adhésion inconditionnelle aux formes politiques de la révolution bourgeoise ; c) l’acceptation inconditionnelle des conditions économiques avancées de l’Angleterre comme modèle de futur développement de tous les pays et pré conditions objectives de la transition au socialisme ; auxquelles on doit rajouter ; d) les conséquences des tentative répétées, désespérées et contradictoires d’y échapper.

7. Les résultats de ces conditions sont : a) la surestimation de l’Etat comme instrument décisif de révolution sociale ; b) l’identification mystique du développement de l’économie capitaliste avec la révolution sociale de la classe ouvrière ; c) le développement ambigu qui s’ensuit de la première forme de théorie marxienne de la révolution par la greffe artificielle d’une théorie de la révolution communiste en deux phases ; cette théorie, dirigée d’une part contre Blanqui, et de l’autre contre Bakounine, escamote du mouvement présent l’émancipation réelle de la classe ouvrière et la relègue à un futur indéfini.

8. C’est le point d’insertion du développement léniniste ou bolchevique ; et c’est sous cette nouvelle forme que le marxisme a été transmis à la Russie et à l’Asie. En cela le marxisme s’est transformé ; de théorie révolutionnaire, il est devenu une idéologie. Cette idéologie peut être et a été utilisée pour plusieurs buts différents.

9. C’est de ce point de vue qu’on peut juger de façon critique les deux révolutions russes de 1917 et de 1928, et c’est de ce point de vue qu’on doit déterminer les fonctions remplies par le marxisme aujourd’hui en Asie et à l’échelle mondiale.

10. Le contrôle des travailleurs sur la production de leurs propres vies ne viendra pas des positions qu’ils occupent, dans les marchés internationaux et mondiaux, abandonnés par la concurrence auto destructive et prétendument libre des monopoles propriétaires des moyens de production. Ce contrôle ne peut résulter que d’une intervention planifiée de toutes les classes actuellement exclues de la production qui aujourd’hui tend encore dans tous les domaines à être régulée d’une manière monopolistique et planifiée.