Éléments pour une critique du populisme (2)

dimanche 3 janvier 2010
par  ps
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" Je ne chercherai pas à doser ce qu’il y avait de national et ce qu’il y avait de social dans cette entreprise, s’il s’agissait davantage de socialiser la nation ou de nationaliser le socialisme. Ce que je sais, c’est que ce mélange est explosif au bon sens du terme : de quoi faire pétarader tous les moteurs de l’histoire."

M. Déat, L’évolution du socialisme, L’Effort du 25 septembre 1940.

Le terme de populisme renvoie à une idéologie qui a profondément marqué le vingtième siècle : le socialisme national [1]. Cette idéologie s’est particulièrement illustrée en Italie, Allemagne et France ; "patries" du socialisme national [2], soit par leurs réalisations (Allemagne, Italie), soit par les théorisations ayant inspiré ces réalisations (France, Allemagne). Pour autant, l’arbre (...où plutôt les trois arbres) ne doit pas cacher la forêt. Ce courant du socialisme a joué un rôle important au cours de la première moitié du XX° siècle parce qu’il se disait en mesure de répondre avec bonheur et efficacité tant aux besoins socio-économiques qu’aux besoins émotionnels, psychologiques et culturels des sociétés, quel que fut leur stade de développement. Le socialisme national a paru pour beaucoup apporter des réponses aux problèmes posés par des sociétés qui venaient à peine de réussir leur union territoriale, mais étaient encore fortement sous l’influence de sentiments nationalistes. C’était le cas de beaucoup de pays de l’Europe de l’Est -Allemagne comprise- et bien sûr des pays du tiers-monde. Le socialisme national a su se faire accepter dans des pays ou régions sous-développés comme le Portugal, le sud de l’Italie et dans plus d’un territoire ou pays du pourtour de la Méditerranée. Le socialisme national ne caractérise pas pour autant ces pays ou territoires. La France, un pays où l’unité nationale avait abouti dés la fin du XVI° siècle, et qui constituait à la fin du XIX° comme durant toute la période 1900-1940 une puissance impérialiste majeure, en constitue le parfait contre exemple.

çA SENT SI BON LA FRANCE

"La haine est un des sentiments les plus vigoureux que produise notre civilisation, nos grandes villes. Nos oppositions violentes de haut luxe et de misère la créent et la fortifient à toute heure : elle ne fera jamais défaut aux partis qui voudront l’exploiter... Le socialisme d’État c’est tout notre espoir. Un homme installé dans la place, un pouvoir fort pourrait imposer ses volontés, ouvrir les murs aux déshérités."
M. Barrès, Le Figaro, 22 février 1890.

"Un jour viendra où un homme du peuple, un chef socialiste, qui aura refusé d’imiter ses camarades et de se laisser subventionner, comme eux, par la Synagogue, reprendra notre campagne ; il regroupera autour de lui ces milliers d’être réveillés, instruits par nous, ces spoliés de toutes classes, ces petits commerçants ruinés par les grands magasins, ces ouvriers de la ville et des champs écrasés sous touts les monopoles auxquels nous avons montré où était l’ennemi."
É. Drumont, Le Testament d’un antisémite, 1891.

Il n’est pas nécessaire d’attendre la période de l’entre-deux guerres pour que des théoriciens, comme ceux de l’Action Française, aient l’intuition de la puissance du socialisme national et de l’avenir qui s’ouvrait à lui. De nombreux textes écrits durant la vingtaine d’année précédent la première Guerre Mondiale pourraient, extraits de leur contexte, être attribués à la pensée radicale de l’époque. On peut ainsi y lire par exemple : "A tout égards, nous regardons l’esprit de classe comme un excellent phénomène, qui détruit l’état d’esprit démocratique" [3]. Mais derrière la reconnaissance de l’"Internationale des travailleurs" qui "est un fait de solidarité qui unit ceux-ci dans la lutte pour la solution ouvrière", se cache non la condamnation de la relation sociale capitaliste mais la celle d’un "régime qui a brisé les liens de l’unité française" en conséquence de quoi "c’est un non sens de condamner des antipatriotes pour défendre la société qui leur fraie la voie" [4]

Une fois de plus, les contradictions d’un mouvement ouvrier confronté à la "trahison" des chefs sociaux démocrates vont fournir la sève au développement populiste qui fera de la France la métropole idéologique du fascisme. La partie précédente de cet article rappelait comment la rupture illusoire d’une frange de la social-démocratie russe -les bolcheviques- avait conduit à une forme particulière de fascisme "rouge". Mais la même situation de crise aboutissait parallèlement à d’autres ruptures, sur des positions pouvant sembler au départ plus radicales. Ces ruptures partent de deux notions centrales : la nécessité d’une coupure révolutionnaire avec la société capitaliste, et le rôle central tenu par le prolétariat... outil conscient de ce bouleversement [5]. Avec des variantes, le prolétariat organisé (c’est à dire les organisations existantes ou à créer du mouvement ouvrier) est censé constituer le squelette de l’organisation de la nouvelle société. On peut résumer cette stratégie en une phrase : pour renverser le système (révolution), il faut un levier [6] (prolétariat). Même sous une forme caricaturale, il s’agit ici d’une rupture effective avec la social démocratie : la théorie révolutionnaire n’est plus un slogan que l’on agite tout en s’installant douillettement dans la démocratie, mais une arme de combat dirigée contre la classe dominante. Un des principaux courants en France à relever ce défit sera le Syndicalisme Révolutionnaire, dont l’influence semble généralement sous-estimée. Bien que parfois confondu avec l’anarcho-syndicalisme [7], ce courant trouve sa source dans un retour à Marx -du moins à la connaissance que quelques théoriciens pouvaient en avoir à l’époque- contre l’orthodoxie marxiste. Le théoricien marquant du Syndicalisme Révolutionnaire est Georges Sorel. Sorel donne à la "théorie du levier" toute sa dimension :

"Après douze ans d’activité comme théoricien socialiste, après avoir participé puissamment au Bernsteindebatte [8], après s’être engagé l’un des premiers dans le dreyfusisme, Sorel parvient à la conclusion que c’est la lutte de classe qui représente "ce qu’il y a de vraiment vrai dans le marxisme", de puissamment original, de supérieur à toutes les formules". La lutte de classe, et non point l’économie marxienne ou les conceptions historiques de Marx ; la lutte de classe, et non par la théorie de la plus-value, les concepts d’aliénation ou de dictature du prolétariat. Sorel donne à l’idée de lutte de classes un sens cohérent et pratique tout à fait précis. Contrairement à ce qu’en font les marxistes dits orthodoxes, il ne s’agit pas d’un "concepts sociologique à l’usage des savants", mais de "l’aspect idéologique d’une guerre sociale poursuivie par le prolétariat contre l’ensemble des chefs d’industries". Dans ce combat, le "syndicat est l’instrument de la guerre sociale" et le syndicalisme révolutionnaire accomplit l’essence du marxisme. Ainsi, pour Sorel, le socialisme cesse d’être une théorie, un vœu pieux, pour redevenir ce qu’il avait toujours été dans l’esprit de Marx : une machine de guerre contre l’ordre établi. [9]"

Partant de cette position, l’évolution de Sorel va être importante et déterminante pour son influence sur les socialistes français et italiens. Je tenterais de résumer cette évolution en quelques points, tout en restant conscient des limites d’une telle schématisation. Il faut en particulier garder à l’idée que ces jalons successifs dans la pensée sorélienne sont ancrés dans la situation sociale de l’époque : une poussée du militantisme ouvrier s’exprimant périodiquement dans des affrontements, et parallèlement une distribution des miettes du développement capitaliste aux ouvriers fournissant une base matérielle au réformisme.

Premier point : pour Sorel, tout progrès reste lié à l’économie et à son développement, donc au marché. En celà, il se différencie peu de la position marxiste orthodoxe pour laquelle le développement économique conduira le capitalisme à produire ses propres destructeurs et à exacerber la lutte de classe. Mais, et il se rapproche ici des socialistes réformistes de son époque, Sorel n’envisage pas l’économie de marché comme une période transitoire, mais comme un fait établi qu’il ne convient pas de remettre en cause.

Deuxième point : si Sorel se refuse de remettre en cause l’économie, il rejette par contre la démocratie, paraissant ainsi se rapprocher des révolutionnaires radicaux. Si ce rejet de la démocratie est de principe, il est aussi tactique : c’est un préalable à la désagrégation du mouvement ouvrier organisé en partis et syndicats, frein au processus révolutionnaire.

Au travers de ces deux points se dégage déjà une constante des idéologies populistes. L’amalgame entre chacune de leurs positions considérée indépendamment et les valeurs défendues par d’autres courants (le respect de l’économie des réformistes, l’anti-démocratisme des radicaux,...) leur permet d’entretenir une série de confusions et de "ratisser large".

Le troisième point, central à l’idéologie sorélienne, recoupe ce que j’ai nommé plus haut la stratégie du levier. Au travers du concept de lutte des classes, ce que développe Sorel est l’idée volontariste de l’héroïsme et de la violence prolétarienne. Bien plus qu’un moyen, cette violence est une vertu en elle-même, le terreau sur lequel se développera une nouvelle morale. L’utilisation de catégories psychologiques et non sociales est l’un des traits distinctifs du socialisme national. Le sentiment d’exploitation et d’infériorité de l’ouvrier est perçu comme une manifestation de sa subjectivité et non comme la résultante des conditions de son statut dans le processus de production. L’organisation d’une élite prolétarienne en unités de combats, les syndicats, sera donc l’agent du changement social.

Si quelques luttes ouvrières violentes paraissent vérifier les théories soréliennes, leur absence de prolongement révolutionnaire ne pouvait que conduire à une remise en cause partielle ne portant pas sur les bases fondatrices du syndicalisme révolutionnaire. Le prolétariat ne constituant finalement pas ce levier révolutionnaire auquel avait rêvé Sorel, il faudra trouver un autre levier pouvant remplir la même tache. Le prolétariat défaillant sera donc remplacé par la force montante de cette période de l’évolution capitaliste : la Nation. Non seulement pour Sorel mais pour nombre de radicaux de son époque, il s’agira de ne pas suivre les masses dans leur abandon du terrain révolutionnaire ; la révolution sera donc non pas prolétarienne mais nationale. Cette évolution va rapidement permettre la convergence de deux courants : celui d’un socialisme syndicaliste et révolutionnaire, et celui d’un nationalisme qui apparaît lui aussi en rupture avec le conservatisme bourgeois. Cette convergence sera cimentée par un autre concept sorélien : celui de l’importance des mythes, de toute une symbolique sublimant les individus et les conduisant à l’action. De leur côté les nationalistes "enrichiront" la convergence de l’importance qu’ils accordent au pouvoir, au pouvoir politique en particulier, et donc à l’Etat. Un pouvoir fort s’appuyant sur des mythes mobilisateurs constitueront ainsi les assises du socialisme national. Cette synthèse s’exprimera en France dans les années 1910 dans les Cahiers du Cercle Proudhon. qui se veulent le réceptacle "commun aux nationalistes et aux anti-démocrates dits de gauche". La référence à Proudhon n’est pas nouvelle, puisqu’elle se retrouvait déjà chez l’Action Française, tout comme les références à Voltaire, Fourier et Baudelaire. Le deuxième "maître" du cercle est bien entendu Sorel.

SALADE ITALIENNE

Un point fondamental de l’idéologie socialiste national est le rôle central du chef (Duce, Fuhrer, Petit père du peuple,...). Et s’il est un homme incarne ces chefs socialistes d’un type nouveau, c’est bien Mussolini. Par ses origines d’abord : son adhésion précoce à un socialisme plébéien teinté de nationalisme, sa rupture avec le socialisme réformiste, sa prise de distance avec la religion dans un pays profondément clérical. Sa jeune carrière militante ressemble plus à celle d’un révolté qu’à celle d’un futur chef d’État. C’est ainsi qu’en 1902 (il est né en 1883) il passe en Suisse pour y travailler comme maçon. A l’âge où il aurait dû rentrer en Italie pour faire son service militaire, il déserte. Sous l’influence des émigrés politiques d’extrème-gauche, il découvre Nietzsche, Stirner, Blanqui... avant George Sorel et ses Réflexions sur la violence. Devenu secrétaire de l’association des maçons de Lausanne, il est bientôt expulsé vers la France par les autorités suisses. En 1904, une loi d’admistie lui permet de rentrer en Italie pour y accomplir son service militaire, tout en restant tenu par la police pour un dangereux anarchiste. Revenu dans sa région, la Romagne, il deviendra rapidement directeur et principal rédacteur du journal socialiste La Lotta di classe, avant d’être nommé directeur de l’Avanti ! A la déclaration de la Première Guerre Mondiale, il prêche, en accord avec la majorité socialiste italienne, la neutralité absolue. Mais cette neutralité n’est pas dirigée contre la guerre elle-même. Au contraire, elle ne fait que prendre en compte l’alignement des fractions françaises et allemandes de la II° Internationale sur leurs capitalismes respectifs. Logiquement, il encensera Gustave Hervé, qui d’antimilitariste s’est mué en patriote. Il préconisera bientôt une "neutralité active et agissante" à la suite de quoi lui est retirée la direction de l’Avanti ! Mais il a déjà pris les contacts lui permettant d’assurer financièrement la publication d’un nouveau journal Il Popolo d’Italia.. Mobilisé puis blessé, il reprend à son retour du front la direction de son journal dont le frontispice originel "Qui a du fer a du pain" (Blanqui) est remplacé par "Journal es combattants et des producteurs". En 1919, sont créés à Milan "i fasci italiani di combattimento" (Faisceaux de combat) dont le leader est Gabriele d’Annunzio. S’il est un fait marquant la venue au pouvoir du socialisme-national mussolinien, c’est la complaisance dont il bénéficiera des dirigeants de l’Etat italien... à commencer par ceux qui seront ultérieurement les chantres de l’anti-fascisme. Jusqu’en 1922, l’Etat accorde les plus larges facilités aux fascistes : indulgence dans les poursuites judiciaires, ... sans compter la circulaire Bonomi du 20 octobre 1921 envoyant 60 000 officiers dans les groupes d’assaut fascistes pour les commander. Devant l’offensive armée fasciste l’Etat appelle... aux urnes. Pour les élections de mai 1921, les libéraux et la droite constituent un "bloc national" incluant les fascistes. En juin-juillet 1921, le Parti Socialiste Italien conclut un inutile et mystificateur "pacte de pacification" avec les fascistes.

En 1922, la "marche sur Rome" de Mussolini (qui se contenta de prendre le train !) est moins un coup d’Etat qu’une mis en scène du passage de pouvoir. Les dirigeants syndicaux voudraient conclure un accord tacite de tolérance mutuelle avec le Parti National Fasciste, fin 1922 et en 1923. Comme le fera Hindenburg avec Hitler, le chef de l’État italien (le roi) demande à Mussolini de former un nouveau gouvernement. Tous les partis -sauf le PC et le PS- se rapprochent alors du Parti National Fasciste et votent pour Mussolini au gouvernement.

ALLEMAGNE

Dans les années 20-30, le socialisme national allemand va influencer tant le nazisme que le sionisme. Il prend racine dans le socialisme éthique et "volontariste" de Spengler (O. Spengler, Prussianisme et Socialisme "Preussentum und Sozialismus", 1919) et le "socialisme allemand" de Moeller Van den Bruck (Das Dritte Reich, 1923). Le slogan répété tout au long du chapitre du Troisième Reich consacré au socialisme affirme : "Chaque peuple a son propre socialisme." Aillsuers Moeller nous dit : "Aujourd’hui, le socialisme soit se transformer d’un socialisme de classe en un socialisme du peuple (Volkssozialismus)".

"Et cet horrible mélange d’éléments de droite et de gauche est dû au fait que le nazisme, le fascisme sont l’expression du passage du capital à un moment plus évolué de sa domination, le passage à sa domination réelle sur la société. Ce fut un dépassement et nul de l’a compris.

Le nazisme, on l’a maintes fois répété, est un produit global du devenir de la société occidentale. Ses atrocités ne peuvent être uniquement imputées aux allemands transformés en peuple élu de l’horreur et de l’abomination. Il n’est donc pas question de revenir sur l’explication historique du fascisme ni de démontrer une énième fois que le verrou primordial qui empêche toute compréhension du devenir du monde actuel est constitué par l’antifascisme qui permet de ne pas mettre en cause les fondements historiques et actuels de la communauté du capital ; de là découlent interprétations et pleurnichements alors que la communauté capital se parachève et que le despotisme s’accroît." (INVARIANCE, suppl. au N°4, série III, juillet 1979).

A suivre.

Remarques sur les Quelques remarques de Comidad à l’article "Éléments pour une critique du populisme".

Votre critique, en juxtaposant deux extraits des Éléments pour une critique du populisme, tend à mettre en évidence un tableau dit "justificationniste" qui sous-tendrait l’ensemble de ce texte. Sans nier les faiblesses de ces "Éléments" je tenterais de clarifier les points réellement ou apparemment litigieux.

1- "Cette tendance fasciste générale n’a pas sa souche dans le bolchevisme mais le comprend en elle. Elle a sa souche dans les lois particulières de développement de l’économie capitaliste."

Ces deux phrases, ainsi qu’il est précisé dans le texte, font partie d’une citation de la Biographie d’Otto Ruhle rédigée par Paul Mattick. Cette longue citation est reproduite à cause de son contenu global, sans analyser dans le détail les accords et désaccords avec chaque formulation dans chaque phrase. Pour ma part, je ne pense pas qu’il existe de "lois particulières de développement de l’économie capitaliste" extérieures à la logique propre au capitalisme, ou en d’autres termes aux choix effectués par les individus qui reproduisent ce rapport social. Je ne pense pas plus que les capitalistes agissent par respect des lois du marché, mais bien plutôt pour imposer de façon croissante ces "lois" et en tirer un profit optimal.

2. La phrase "Quitte à faire bondir certains, je pense que ce populisme contemporain se confond pour une part avec ce que l’on a nommé le "mouvement ouvrier"", ne peut se lire séparément des autres phrases qui suivent, en particulier : "Voir dans ce mouvement ouvrier une source du populisme n’implique pas de nier son hétérogénéité ni la présence d’éléments sincères. Les ruptures radicales (mais minoritaires) qui se produiront en son sein sont là pour en témoigner.", ainsi que la note : "Rappelons pour mémoire que par ce terme on ne désigne pas un mouvement regroupant "les ouvriers" sur la base d’une appartenance sociologique, mais le mouvement dont le programme est de défendre les intérêts des ouvriers tant sur le plan politique (au travers de partis de masse) qu’économique (au travers de syndicats catégoriels). Ceci pour que les choses soient claires et en dehors de tout jugement de valeur.". On peut voir dans tout cela de la tautologie. Il s’agit beaucoup plus simplement d’une volonté de "mettre les points sur les i". Je ne crois guère aux notions évidentes, ni aux choses qui se comprennent sans les dire. Il ne s’agit pas ici de réaffirmer une fois de plus que tout est lié à l’intérieur du capitalisme ; mais très spécifiquement que le populisme ne peut se comprendre sans prendre en compte tout ce qu’il s’est approprié du mouvement ouvrier à différents moments de son histoire. Il est d’ailleurs possible que ceci soit bien connu et évident en Italie,... je l’ignore. Mais ici ce qui tourne autour de ces faits est largement occulté.

Quant à savoir si une telle analyse ne peut "qu’entraîner de la frustration et un sentiment d’impuissance par les opprimés"... de toute façon, la revue Point d’Interrogations, comme toute publication du même genre, n’est lue que par une poignée "d’individus opprimés", généralement capables d’en effectuer une lecture critique.

J’ajouterais que sans surévaluer celui-ci, je ne partage pas votre dédain pour "le domaine des rêves", tout en étant très distant vis-à-vis de l’héroïsme désespéré.

Cordialement,
Hème, janvier 97.


[1Généralement nommé "national-socialisme" dans sa variante allemande. L’emploie de cette dénomination germanisée tend à présenter le socialisme national comme un phénomène essentiellement allemand, alors qu’il fut largement répandu dans les États développés... et plus spécifiquement en France.

[2En ne prenant pas en compte cette version particulière du socialisme national que constitue le "communisme national", avec ses propres patries : Russie, Chine,... sans parler des staliniens allemands (K.P.D.) parlant de "révolution nationale" au début des années 30.

[3G. Valois : "Patriotes et révolutionnaires", rapport présenté le 28 novembre 1912 au 5° congrès national de l’Action Française.

[4J. Rivain : "La patrie des prolétaires", l’Action Franaçaise, 1er février 1906.

[5Ces positions sont à l’époque commune à une large majorité de révolutionnaires radicaux.

[6Ceci n’est pas particulier à cette période. Une caractéristique permanente des groupes révolutionnaires... et de leur presse, est d’être à la recherche d’un tel levier, où d’être à la remorque de toute forme d’agitation dans l’espoir que celle-ci pourrait constituer une nouvelle forme jusqu’ici ignorée de ce levier magique.

[7Même si le "radicalisme" du Syndicalisme Révolutionnaire pourra séduire et entrainer certains anarchistes.

[8Référence au débat mené dans la social-démocratie autour des de la révision réformiste du marxisme défendue par Bernstein.

[9Zeev Sternhell (1989) Naissance de l’idéologie fasciste, Fayard, p. 72. Pour de plus amples informations sur Sorel et le syndicalisme révolutionnaire, on peut se reporter aux différents ouvrages de l’auteur qui abordent avec sérieux ce sujet.